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 Cheval Espérance, centre d'équithérapie pour handicapés 
 
Le pied à l’étrier
Cheval Espérance est un centre d’équithérapie dédié aux personnes handicapées. Une initiative remarquable, qui conjugue courage et générosité.

L'idée de Cheval Espérance est née sur le chemin de St-Jacques -de-Compostelle un jour d'été 1999. C'est en voyant des pèlerins juchés sur des ânes que Laurent Bidault voudra monter un centre d'équithérapie dédié aux personnes handicapées. « Derrière l'anecdote j'ai vu le moyen de recouvrer une mobilité perdue. La transition était facile », résume celui qui deviendra président-fondateur d'une association pilote en France. Atteint d'une maladie neurologique évolutive (l'ataxie de Friedrich) classée au rang des maladies orphelines, Laurent Bidault ne se déplace plus qu'en fauteuil roulant. Lui qui cherche en permanence à dépasser son handicap va transformer son concept en un pari collectif visant à aider les publics les plus fragiles — en priorité les personnes en situation de handicap — à gagner en liberté et dignité. Il ne sera pas seul dans l'aventure de la création, qui va durer des mois. Pendant le même pèlerinage Laurent rencontrera Sabine, sa future épouse. Ensemble ils auront trois fils et mèneront à bien le projet Cheval Espérance. Sauf que rien ne sera facile et qu'il faudra bon nom- bre de petites mains bénévoles et une magnifique chaîne de solidarité avant qu'une structure équestre adaptée sorte de terre, en lisière de la Forêt Verte, l'idéal pour envisager un manège et des balades à proximité. C’est en septembre 2006 que le Centre rêvé par Laurent et Sabine ouvre ses portes. Grâce au concours financier d'un noyau d'entreprises, d'organismes et des collectivités ils ont pu construire un manège ergonomique, six boxes, un club house en bois des plus classiques.
« Nous avons tout fait pour que chacun, valide et non valide, se sente à l'aise » souligne Laurent Bidault. « Chez nous les enfants, les adultes handicapés sont au cen -tre mais nous accueillons tous les passionnés de chevaux, il était vital d'éviter la ghettoïsation de nos activités ». Suivront des aménagements (une carrière extérieure, une rampe d'accès sécurisé) l'acquisition d'un attelage capable de supporter les fauteuils roulants, l'informatisation de la gestion, etc. Entre-temps le projet s'est fait remarquer pour sa pertinence en matière d'insertion par l'équitation, son approche ludo-pédagogique reposant sur la symbiose entre l'Homme et le Cheval. En 2006 Cheval Espérance a été lauréat du prix national Fais-nous rêver de l'Agence pour l'éducation par le Sport et depuis 2008, l'association (pour son projet Attelage pour tous) bénéficie du soutien de Ferrero France dans le cadre du concours Kinder Cinq maillots pour l'enfance, qui encourage la pratique sportive des 5 à 15 ans en lien avec le sport citoyen. De quoi bénéficier d'un sérieux coup de pouce — « 10 000 euros pendant 3 ans et le conseil technique » note Sabine — quand ici les bénévoles se relaient sans cesse pour la comptabilité, l'informatique, aider les séances au manège, donnent beaucoup sans jamais s'économiser. La marque italienne n'est pas la seule à avoir été conquise, désormais une quinzaine de sociétés normandes sont mécènes des actions de Cheval Espérance
Gommer les différences

A ce jour le Centre compte une quinzaine de chevaux et accueille 200 visiteurs par semaine, en majorité des personnes handicapées ou malades, issues des centres de soins ou de rééducation de l'agglomération.
Dans cet environnement où la générosité est palpable, les petits miracles sont coutumiers. « Approcher un cheval, l'apprivoiser, le monter sont des signes de courage extravagants pour des personnes invalide. Bien des messages muets passent par l'équithérapie » explique l'ancien cavalier amateur. « Beaucoup découvrent l'autonomie à travers l'animal et quand tous sont à cheval, où sont les différences ? » évoque à son tour Sabine Bidault qui ne se lasse pas d'observer les progrès réalisés. « Il s'agit de choses infimes pour des personnes en pleine santé » note-t-elle, « dans le contexte du handicap elles relèvent de l'exploit et les intervenants du centre les partagent comme des victoires vers le mieux-être, la normalité ». Des exemples elle en a mille à raconter, celui qui ne s'habille tout seul que les jours où il vient au Centre, celle qui repart « gaie comme un pinson » et sera heureuse longtemps avant de retomber dans son mutisme. Autour de l'équithérapie d'autres initiatives émergent et l'année 2010 s'annonce comme un excellent crû : en mars s'est tenue la première formation Cheval Espérance destinée aux accompagnants de personnes handicapées, bientôt un second site ouvrirait dans le Val-d'Oise. Prévus également, l'organisation d'un Forum d'échanges national, un atelier de jour pour l'accueil de jeunes adultes handicapés sous forme de ferme pédagogique.
Pour l'heure deux moniteurs officient à temps complet, dont Romain Lescanne qui a rejoint le Centre en 2008. C'est ici qu'il a passé son diplôme avant d'être embauché pour entraîner une population qu'il a appris à estimer. « Peu importe le handicap, autistes, polyhandicapés,. » sourit-il, « nous avons suffisamment d'équipements, de poneys, de chevaux pour satisfaire la demande sachant que nous rayonnons vers des centres distants d'une demi-heure de route au maximum, le temps de transport est une contrainte majeure pour les groupes ». Concrètement chaque séance dure une heure et s'élabore au cas par cas, à tout moment « les stagiaires, des bénévoles peuvent intervenir en renfort » complète Romain Lescanne. « La personne à cheval doit être en confiance absolue pour progresser ». Car ce sont de vrais parcours que les stagiaires exécutent au sein du manège ou dans la forêt proche, rien de meilleur pour renforcer leur tonus musculaire, d’autant plus qu’il n'est pas rare qu'ils montent à crue. « Réussir à maintenir son équilibre est souvent une prouesse, et sentir la chaleur du cheval les apaise ». explique Romain Lescanne. Et puis une balade sans selle serait l'équivalent d'une heure de kinésithérapie.Enfin que dire des séances des mercredis et samedis, où le moniteur panache dans ses cours les enfants valides et handicapés entourés des parents. Car lorsqu'il faut préparer ou déseller son cheval pour passer le relais aux suivants, il arrive toujours à Cheval Espérance que les aînés (trisomiques) aident les plus jeunes (valides). Exactement comme dans tous les manèges. L

I.P.