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 Calligraphies du Pré d'Eau - RBS 
 
Exposition universelle

En accueillant les calligraphies du Pré d’Eau sur ses murs, en exposant une immense pièce usinée, Rouen Business School se lance dans l’audacieux mariage de l’entrepreneuriat et de l’art.

Cela pourrait être un sujet de philosophie au bac : « La sensibilité artistique est-elle compatible avec la pratique managériale ? ». Si on ne connait pas le contenu de la copie que pourrait rendre le directeur de Rouen Business School (RBS), Arnaud Langlois-Meurinne, ni les penseurs auxquels il ferait appel pour étayer ses thèses, on sait au moins que sa conclusion sera positive. Il a toujours revendiqué la part de l’humain dans la formation du manager. Et ce n’est pas qu’une pose, de belles déclarations pour faire joli, c’est une conviction profonde qu’il a traduit dans le changement d’identité de l’école et de son nouveau slogan qui parle « d’entreprendre en leaders responsables ».
Arnaud Langlois-Meurinne est convaincu que le manager formé à RBS ne doit pas être un technicien d’une efficace froideur mais un homme ou une femme ouvert sur le monde, sensible aux évolutions. « L’heure est aux multiples compétences. Les entrepreneurs doivent être en phase avec le temps. Les managers sont des créateurs, et rien ne s’oppose à marier l’art à l’enseignement du business ».
Le directeur de RBS est alors passé aux actes, et s’est rapproché du Pré d’Eau, dont il avait apprécié le travail dans des articles de presse et sur les murs des Docks 76. « Atelier de design mural », le Pré d’Eau crée et réalise des décors intérieurs et extérieurs uniques, sur mesure, en grand format, sur adhésif coupé. Pascal Melloul conçoit les décors, Carole Carecchio écrit les textes. « « Nous construisons des histoires. Nous faisons de la scénographie, nous scénarisons, nous créons des liens graphiques et sémantiques », résument les deux complices.
Il y avait cette grande façade du bâtiment C, un mur blanc entièrement ravalé de 25x12 mètres, qui appelait le pinceau d’un peintre et l’esprit d’un artiste. « Nous avons longuement discuté », se souvient Arnaud Langlois-Meurinne. « Je leur ai expliqué mon souhait de leur voir décliner l’identité de l’école, mais en laissant libre cours à leur créativité, leur talent ». Le courant est vite passé, Pascal Melloul et Carole Carecchio, s’en souviennent : « Ils voyaient notre intervention graphique comme acte signifiant d’une nouvelle ère dans l’école. Nous avons eu quartier libre, tout en échangeant régulièrement avec Arnaud Langlois-Meurinne et Lionel Vallois. Nous avons réfléchi autour de la maxime de l’école, nous avons lu leur communication pour nousimprégner de leurs valeurs et de leur champ sémantique, et nous avons proposé trois projets qui prenaient en compte l’état d’esprit de RBS, mais aussi l’environnement paysager et la structure architecturale ».
Les signes dansent

Le résultat est très séduisant. Tout au long du mur court un entrelacs de végétaux qui se prolonge ensuite en une écriture presque saccadée, comme griffée à l’encre de Chine où surgit le mot « entreprendre » souligné d’autres notions chères à RBS, en français et en anglais : explorer, go forward… Une mappemonde triturée, des lettres et des signes qui dansent sur le mur, des mots qui se cachent et se révèlent, des sens de lectures qui s’entrecroisent, les degrés de compréhension du travail du Pré d’Eau sont multiples. Le plus surprenant est peut-être la façon dont le dessin de Pascal Melloul se marie à la perfection avec les branches des arbres avoisinants. Difficile parfois de savoir où s’arrête la nature et où commence l’œuvre. «Nous avons senti leur ambition, leur volonté d’ouverture, leur énergie. Il fallait quelque chose qui respire, qui ait du souffle, que nous avons complété par la douceur et le contexte végétal », explique Pascal Melloul qui, en quatre jours (de 6 heures à 22 heures) au cœur du mois de juin, a monté ses échafaudages sur le campus et intégré son œuvre au campus.
« Le résultat me plaît », constate Arnaud Langlois-Meurinne, qui n’a pas peur de déplaire, car être novateur c’est parfois aussi s’exposer aux critiques : « Le geste artistique n’est pas normatif, cela ne peut pas être totalement consensuel ». La CCIR, consultée évidemment en amont du projet, a donné très rapidement son accord, signe fort d’une volonté commune d’aller de l’avant. « Nous avons la chance d’avoir un très beau campus, qui est un atout distinctif de l’école. Il est important de travailler pour en faire un lieu encore plus agréable, qui participe à l’attractivité de RBS », poursuit Arnaud Langlois-Meurinne, qui ne refuse pas l’idée de poursuivre l’aventure avec le Pré d’Eau. « Il peut y avoir une logique de continuité, notamment dans la signalétique ». C’est exactement ce à quoi pense Pascal Melloul. « Pour moi, le mur est un élément du réseau que constitue RBS dans toutes ses composantes. C’est la première pierre d’un parcours dont on pourrait retrouver d’autres traces dans les couloirs, dans les salles de cours, partout dans le campus ».

Dialogue et exposition

Cette façade est un moment important dans le Pré d’Eau, qui s’expose en extérieur pour la première fois, après avoir aussi récemment signé un chantier de très grande qualité, au sein de la clinique de l’Europe. L’entreprise grandit, et vient de se doter d’une responsable commerciale à l’export et d’une responsable grand-compte. Des projets commerciaux nouveaux sont en cours, et la vente des produits dérivés comme les stickettes et les billets doux connaissent un certain succès. Pascal Melloul cherche aussi dans d’autres directions. A la rentrée, il proposera de « l’édition murale », sur les murs de Rouen. Il rêve aussi de ce qu’il appelle une « périgraphie urbaine à l’échelle de la ville », autrement dit un événement graphique comme un parcours à travers toute la cité, racontant une histoire graphique de Rouen, fédérant plusieurs créateurs, générant des énergies, et rapprochant les habitants. Il fait le siège aujourd’hui des différentes collectivités qui se sont avouées intéressées par son projet, mais qui tardent à aller plus loin.
Aller plus loin, Arnaud Langlois-Meurinne est pour sa part prêt à le faire. Le travail du Pré d’Eau est le premier pas d’une vraie transformation du campus. Le mur décor est une première trace, qui ne sera pas la seule. « Le campus est assez grand pour imaginer qu’il puisse accueillir d’autres gestes et d’autres expériences créatrices ». La diversité de l’art et son rapprochement avec le monde de l’entreprise s’expriment déjà d’une nouvelle façon. Jean Masselin, ancien élève de l’école et chef d’entreprise, vient d’offrir un ressort monumental, installé dé- sormais sur un socle devant l’auditorium. Cette pièce de 700 kilos et d1,40 m de haut, traitée pour résister aux intempéries, va elle aussi donner un éclairage nouveau au campus. « C’est un produit manufacturé, c’est aussi une œuvre d’art », explique le directeur de l’école. « J’attache beaucoup d’importance au fait que les créatifs et les créateurs rouennais se rapprochent de nous. Qu’ils sachent que l’école peut être un lieu d’exposition et de dialogue avec les étudiants ». Et c’est ainsi que RBS va devenir une galerie à ciel ouvert où les managers de demain trouveront à chaque détour matière à s’enthousiasmer et à réfléchir.L

François Colombier